Le coup de gueule du président

Fâché, Antonio D’Attoli! Le président d’Azzurri 90 LS, actuel troisième du groupe 1 de 1re ligue, s’était plutôt fait discret ces derniers temps, mais cette semaine, il a décidé de faire entendre sa voix. «A l’heure où je vous parle, les choses sont claires. Je n’inscris pas Azzurri pour la reprise au printemps. Forfait. Qu’ils fassent leur championnat à 13, sans nous. Ils auront tous un week-end de congé pour penser à nous. Aujourd’hui, ça ne va plus. Je dois protéger mes joueurs et tous ceux qui donnent du temps pour ce club», explique le président du troisième club en importance de la ville de Lausanne. «On fait un premier tour admirable, alors que nous n’avons clairement pas les mêmes moyens qu’il y a encore quelques années. Je tiens vraiment à féliciter mes joueurs, mon coach et mon staff», explique celui qui n’a jamais caché ses ambitions de faire d’Azzurri un club de Promotion League, au minimum.

Lorsqu’il a pris en mains la destinée du club lausannois, celui-ci évoluait en 3e ligue. Antonio D’Attoli, patron d’une grande société de courtage, lui a donné les moyens de gravir les échelons allant jusqu’en 1re ligue en engageant plusieurs joueurs de renom. Nicolas Marazzi, Sébastien Meoli, Luca Scalisi et Mobulu M’Futi sont notamment passés par là, mais Azzurri n’a jamais pu atteindre les finales de 1re ligue. Une vraie déception.

«Je peux encore rester sept ans si je veux»

Et puis, il y a quelques mois, un événement privé a contraint le président à baisser le montant de ses investissements. Et Azzurri, subitement, a cartonné, réalisant un magnifique premier tour. Les Lausannois ont occupé la tête pendant plusieurs journées, avant de terminer l’année civile à la troisième place avec une équipe moins forte sur le papier que celles des années précédentes, mais beaucoup plus solidaire. «Je suis à fond dans mon rôle de président, ma situation est réglée. Je peux rester encore sept ans si je veux. Ou plus», assure le boss d’Azzurri, en pleine forme et très énergique dans son bureau de Crissier en ce début de semaine.

Alors, pourquoi ce coup de gueule ? Tout simplement parce qu’Antonio D’Attoli estime que son équipe dérange. Et il s’appuie sur plusieurs indices pour affirmer cela, en premier lieu ce qu’il estime être un vrai «mépris» de la part des autorités lausannoises et notamment de son Service des sports.

«Des conditions d’accueil déplorables»

Le président d’Azzurri ne se sent en effet pas du tout soutenu par la Ville de Lausanne. «Je lis dans les journaux, partout, qu’il y aura un nouveau stade à la Tuilière. Heureusement que je m’informe, car sinon, je ne serais pas au courant. Personne ne m’a jamais parlé de ce stade. Jamais. Apparemment, il est pour tout le monde, sauf pour Azzurri. Nous, on continue à jouer à Chavannes, dans un endroit où on ne peut pas exploiter de buvette et où on doit recevoir nos adversaires dans des conditions déplorables.

Il y a un mois, on reçoit la réserve d’YB. Un grand club suisse. Or, vu que c’est Azzurri en face, on ne prépare pas le terrain. On arrive deux heures avant, la pelouse est recouverte de feuilles. On passe pour des guignols. Je suis allé vers le concierge et on a balayé ensemble, alors qu’on est locataires du stade. Des fois, je vous le dis, j’envie les clubs de village. J’ai du respect pour les clubs de 3e et 4e ligue, mais quand je vois qu’eux sont aidés par leurs communes, qui mettent souvent les installations à disposition et les encouragent, je me dis qu’ils ont bien de la chance. Même en 1re ligue, quand je vois la manière dont Lancy ou Carouge sont aidés…

Nous sommes le troisième club lausannois, le seul en 1re ligue, on forme des juniors qui viennent de la banlieue, on s’occupe d’eux et tout ce qu’on récolte, c’est des ennuis. J’aimerais qu’une fois, une seule fois, le responsable des sports de la Ville de Lausanne ou un responsable des terrains vienne à Chavannes, pour nous voir. Discuter, prendre un café, s’intéresser à nous. Depuis que je suis président, ça n’est jamais arrivé. Jamais. Ils ne veulent pas de nous ? Pas de problème, je retire l’équipe. Et croyez-moi, je vais le faire. J’en ai marre de ne pas être considéré.»

«On n’est pas arbitrés comme les autres»

Un vrai coup de gueule, qui s’étend au monde des arbitres. «J’avoue, j’ai de la peine à comprendre. Oui, il y a des tronches dans mon équipe. Des gars de caractère. Mais on s’acharne sur nous, ça devient indécent. On veut nous faire passer pour des voyous. Je peux vous donner quinze exemples, mais je vais vous parler de ce match face à YB, encore. En première période, l’arbitre nous siffle cinq hors-jeux consécutifs sur des dégagements aux cinq mètres alors que nos attaquants partaient seul au but chaque fois. Notre capitaine va lui expliquer calmement que les règles sont différentes, qu’il n’y a pas hors-jeu sur ces actions-là. Il prend un jaune. On se fait donc rembarrer, sous prétexte qu’on ne doit pas parler avec l’arbitre. Très bien. A la pause, on voit un responsable d’YB, une personnalité bien connue du football suisse, qui passe souvent dans les journaux, discuter tout le trajet avec l’arbitre. Là, par contre, on peut discuter ! Quand ce n’est pas Azzurri, il y a un échange. Quand c’est nous, c’est silence. Alors oui, je suis furieux. On n’est pas arbitrés comme les autres, on n’est pas traités comme les autres. Pourtant, on fait partie du même championnat. Deuxième exemple, Portalban. C’est le déluge, la tempête, les bateaux chavirent dans le port à trente mètres. C’est injouable. Pourtant, le match va au bout. A quelques kilomètres de là, en même temps, la partie à Guin est interrompue alors qu’eux jouent sur synthétique! Alors stop. Dès le 4 mars, c’est sans nous.»

«On rend les autres jaloux»

La Ville de Lausanne est donc égratignée, les arbitres aussi. Et les adversaires ramassent également. «Bien sûr que je ne me sens pas accepté. Il y a tout le climat actuel autour de mon équipe. Parce qu’on s’appelle Azzurri, qu’on se déplace en car avec nos couleurs affichées, qu’on a nos noms sur les maillots, on rend les autres jaloux. Si c’est ça le problème, qu’ils se rassurent, on peut jouer avec des maillots d’une autre couleur ou venir en voiture au match. Ils ne veulent plus de nous, ils croient qu’ils peuvent avoir ma peau, mais ils ne l’auront pas. On s’en va de notre propre gré. On retire l’équipe alors qu’on est troisièmes et qu’on a les moyens de continuer. Aujourd’hui, il n’y a qu’une solution: que le président de la commission des arbitres et le chef des Sports de la Ville de Lausanne prenne contact avec moi. S’ils ne le font pas, je mets ma menace à exécution sans aucun problème», termine un Antonio D’Attoli très remonté.